Le scoutisme, un tremplin vers la vie professionnelle
La valorisation de l’engagement des jeunes est une préoccupation désormais partagée par la plupart des mouvements de scoutisme en Europe
(Photo : Scouts et Guides de France)
Leur engagement scout, ils seraient de plus en plus nombreux à « l’assumer sans complexe », à en croire Quentin Vivier, 24 ans, investi aux Éclaireuses et éclaireurs de France
malgré une vie professionnelle dévorante.
« Moi, j’en parle sans problème. Cela m’a même permis de décrocher mon travail, témoigne cet ingénieur commercial. Mon patron sait qu’il peut compter sur moi, il connaît mon sens des
responsabilités, mon esprit pratique. Il sait que lorsque je m’absente, c’est pour donner de mon temps avec 60 jeunes ados placés sous ma responsabilité. À sa manière, il m’encourage en me
laissant une certaine souplesse dans mes congés. »
L’expérience de Quentin illustre la reconnaissance de plus en plus large de la formation scoute par le monde de l’entreprise. La plupart des mouvements scouts tentent d’ailleurs de valoriser
les compétences de leurs bénévoles, dans une société où les jeunes sont parfois critiqués pour leur inertie.
Réticences à afficher ou non son appartenance scoute

Sans doute le centenaire du mouvement, célébré en 2007, a-t-il favorisé ce revirement d’image.
L’organisation de grands rassemblements, comme « CitéCap » l’été dernier, ou ceux qui se tiendront ce week-end à Paris et Jambville, n’y est pas non plus étrangère. Cette préoccupation
rejoint d’ailleurs celles de la société civile, puisque 2011 a été proclamée « année européenne du volontariat » par l’Union européenne.
C’est dans ce contexte particulièrement riche que l’Organisation mondiale du mouvement scout (OMMS) a invité au mois de mars dernier des représentants scouts de toute l’Europe à Istanbul. Pendant
plusieurs jours, ces scouts issus de diverses traditions ont échangé leurs expériences et leurs difficultés.
En Finlande et en Serbie, par exemple, les scouts sont confrontés au vieillissement de leurs bénévoles, tandis qu’en Italie c’est la fragilité du marché de l’emploi qui dissuade les jeunes
diplômés de s’investir. Plus que tout, les participants ont confirmé l’existence de nombreuses réticences à afficher ou non son appartenance scoute.
Etre chef, ce n’est pas seulement transmettre

« Il ne faut pas en avoir honte, moi je n’ai pas hésité à l’indiquer sur mon CV, témoigne
pourtant Micha Poszvek, 24 ans, originaire de Vienne. Un scout sait lancer des projets, conduire des réunions avec un esprit de synthèse… Tout cela, les entreprises en ont besoin. »
C’est ce qui a, par exemple, conduit les scouts autrichiens à lancer une audacieuse campagne d’affichage. On y voit un homme arracher sa chemise pour dévoiler sa tenue scoute et son foulard, tel
Superman, avec ce slogan percutant : « Laisse sortir le scout qui est en toi. »
Dans un autre registre, les Scouts et guides de France ont présenté leur dernière campagne nationale de communication à destination des étudiants. Sur l’une de ces affiches au visuel très réussi,
Stéphane Traoré, directeur international des achats dans une grande société, se fait le porte-voix d’un scoutisme résolument en prise avec le monde de l’entreprise : « À 18 ans, je
gérais le budget d’un camp de 25 enfants. Aujourd’hui : je suis toujours dans les chiffres, mais ils ont bien grossi. » Ces affiches, massivement diffusées, visent à toucher les jeunes
qui hésitent à s’engager. Avec l’idée qu’être chef, ce n’est pas seulement transmettre, mais aussi acquérir soi-même des compétence.
« Assumer leur engagement afin d’en faire un atout »

Cette prise de conscience ne coule pas de source, même au sein du mouvement, remarque Marie-Caroline
Jarreau, 26 ans, bénévole à l’équipe nationale des Scouts et Guides de France : « À travers son expérience, un scout acquiert des compétences précieuses, encore faut-il s’en rendre
compte. » Avec une petite équipe, cette jeune consultante en ressources humaines a mis au point un outil baptisé « Valorise-toi ! », déjà édité à 12 000 exemplaires.
Ce questionnaire veut aider les jeunes à mettre en lumière leurs acquis, et à savoir les reformuler en langage professionnel. Organisation, responsabilité, relationnel, interculturel… Les
compétences sont ainsi classées, hiérarchisées et « traduites » : un scout qui a appris à « veiller à ce que chacun ait un rôle au sein de l’équipe » pourra par exemple
dire en entretien d’embauche qu’il sait « favoriser la rotation du leadership ».
« Le succès de cet outil nous a surpris, pour certains cela a été une vraie révélation, s’étonne Marie-Caroline. Nous leur disons simplement de ne pas hésiter à assumer leur engagement afin
d’en faire un atout. »
« Etre scout, c’est être confronté au réel »

L’expérience des SGDF – à la pointe de la réflexion au niveau européen – est très suivie par les
autres scouts. Jeune guide roumaine de 22 ans, Diana Slabu constate un décalage dans son pays : « Chez nous, le bénévolat est difficilement reconnu à l’université, par les
employeurs… Il nous faut imaginer des moyens de faire reconnaître nos compétences. »
Au fond, toutes ces réflexions rejoignent des enjeux de société : « Il s’agit de montrer que les jeunes sont les citoyens de demain, analyse Julien Vasseur, directeur du développement
au sein des SGDF. Ce qu’ils construisent à travers le scoutisme n’est pas dissocié de leur quotidien. Longtemps, il y a eu une vraie séparation dans l’esprit des bénévoles. Or, être scout, c’est
être confronté au réel ».
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François-Xavier MAIGRE, à Istanbul

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